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HISTOIRE DE LA CHASSE AU GRAND GIBIER

 


 
Cour-Cheverny, France

Les politiques cynégétiques ont été définies par les autorités seigneuriales, puis régionales, puis nationales et maintenant européennes et internationales, en fonction de quatre critères communs à toutes les époques : la position de l’élite ; la demande des habitants ; la préservation de la ressource cynégétique ; le développement de la ressource forestière.

 
La chasse au grand gibier sous l’Ancien Régime
 
Scène de chasse au Moyen-Age

La première période de l’histoire de la chasse a duré dix siècles, jusqu’à la Révolution. Au Moyen Age classique (XIIème – XIII ème siècle) quand la féodalité se cristallise, apparaît la notion de « bête noble ». A la chasse de la bête noble correspond déjà la définition de ceux qui peuvent la chasser. L’étude des fosses à déchets des villages des paysans le montre. Contrairement à l’Antiquité et au Haut Moyen Age, c’est à partir du Moyen Age classique que la part des déchets de cerf régresse dans ces fosses alors que celle du chevreuil augmente. Le chevreuil ne sera considéré comme bête noble qu’au cours du XVI ème – XVII ème siècle. La part du sanglier augmente corrélativement.
Au cours des temps modernes, le XVI ème siècle va se distinguer du XVII ème siècle et annonce la stabilisation du XVIII ème siècle. Une reprise en main par le pouvoir central s’observe après l’effondrement démographique et économique des XIVe et XV ème siècles. Il n’y a plus de cerfs, plus de chevreuils dans les fosses puis, progressivement, de moins en moins de sangliers et seulement du petit gibier. Sur le très long terme, le droit de chasse a donc subi une restriction pour réserver le grand gibier à une certaine élite. Dis-moi ce que tu chasses, et je te dirai qui tu es dans la société.
La politique de la définition des ayant droit à la chasse a été engagée seulement à la fin du règne du roi Henri IV, quand son règne n’était plus contesté.
Première étape : suppression du droit de chasser à toute personne travaillant de ses mains. La paysannerie et les artisans en sont donc écartés de la chasse qui est considérée comme une distraction qui leur ferait perdre du temps par rapport à leur vocation professionnelle.
Seconde étape : suppression du droit de chasser pour tout bourgeois habitant une ville avec privilège. En effet, certaines villes avaient acheté le droit de chasser dans les périodes antérieures, droit qui consignés dans des chartes, mais qui allaient être supprimé progressivement. Il y avait un peu de souplesse dans cette organisation. Les personnes ayant le droit de chasser avaient la possibilité de remettre leur droit par procuration à d’autres de leur choix. Cette faculté a eu pour conséquence deux dispositions sur lesquelles nous vivons encore de nos jours : l’apparition de la location des chasses  et celle des permis de chasser. Les permis de chasser à l‘époque étaient particuliers et non centralisés ; un ayant- droit à la casse remet à une autre personne particulière la permission de chasser.

 La chasse sous le règne de Louis XIV

 
Tableau "chasse à courre" signé Théodore Levigne
 

En 1669, le roi Louis XIV s’attaque à son tour au statut de la chasse sur le royaume une fois que son pouvoir a été affermi.
1. Définition des ayant- droit à la casse :
Le Roi ne remet pas en cause le droit de chasser  qu’avait déjà la noblesse; mais il limite ce droit aux gentilshommes de la noblesse d’épée.
Le texte de 1669 a posé deux difficultés pour leur application. Que fait-on des bourgeois qui ont acheté une terre noble, justement pour pouvoir chasser ? Que fait-on des bourgeois qui ont acheté une charge anoblissante, par exemple dans les finances ? Ceci explique que les Parlements aient rechigné à enregistrer le texte en question.
2. Création de parcs à gibier et de réserves de chasse, protégés par une répression forte en cas de délit :
Les parcs à gibier étaient ceinturés de murs et fortifiés. Ils avaient une large emprise en surface, de l’ordre de  1000 à 1500 ha, localisée en forêt. Ils étaient destinés à la consommation et au repeuplement. Ainsi un parc à gibier dans le Pas-de-Calais alimentait régulièrement un autre parc à gibier en Bourgogne, le but étant d’éviter la consanguinité.
Les réserves de chasse n’étaient pas encloses. Il était simplement interdit d’y chasser, les animaux ainsi protégés allant coloniser les espaces voisins.
L’inconvénient était leur forte nuisance sur les cultures, engendrant beaucoup d’hostilité dans la population. De plus les délits de chasse étaient très sévèrement réprimés ; il ne faut pas s’étonner de ce que les animaux des parcs et des réserves aient été l’objet d’un véritable St Barthélémy au moment de la Révolution.
Dans les cahiers de doléances, le privilège de chasser donné à la noblesse n’est pas critiqué. On regrettait plutôt que les nobles ne chassent pas assez souvent. Ce qui est critiqué est l’existence des réserves. La critique est virulente en ce qui concerne « les Plaisirs du Roi », à la fois une circonscription, une administration et une juridiction particulières, liées aux résidences royales et à des citadelles royales, notamment celles du NE du royaume. Il y en avait 40 en 1690 et 140 à la veille de la Révolution. Cela déchaîne les passions et tout le débat sur la chasse à la veille de la Révolution se concentre sur ce sujet.

3. Aménagements :
Ils comportent les remises pour le gibier, les pavillons pour la restauration des chasseurs, les chenils et les itinéraires de chasse. Ceux-ci permettent de se regrouper au plus vite et de couper au plus court. Les rocades permettent de faciliter les liaisons entre la résidence, les pavillons et la ville.

4. Adaptation des espaces forestiers dédiés à la chasse plutôt qu’à la production de bois :
Du XVII au XVIII ème siècle, on observe une dilatation des espaces sylvicoles à vocation cynégétique. Fontainebleau par exemple, incorpore des parties situées jusque dans la Brie. Cette situation va durer pendant le XIXème siècle, avec la création de propriétés sylvicoles à vocation cynégétique ; ce sera le cas de la Sologne.

5. Concentration du gibier :
Elle est recherchée, ne serait-ce que pour éblouir les invités et faire en sorte que la chasse ne dure pas trop longtemps, alors qu’au XVI ème siècle les chasses pouvaient durer plusieurs jours. Les projets des Grands Maîtres des Eaux et Forêts sont donc mis en échec par l’excès de gibier dans toutes les forêts royales, telles que Fontainebleu, Compiègne, Rambouillet, Saint Germain ou Orléans. La protection des jeunes pousses a été tentée par un système de haies jusqu’en 1670, remplacé par des palissades. Comme l’aspect paysager à la fin du XVIII ème siècle prend de l’importance, on va recourir à l’entreillagement. Mais les gardes-chasses du Roi détruisent les protections pour favoriser le gibier quand une chasse royale est annoncée et l’effort de régénération de dix ans peut être détruit en une journée. Il a fallu attendre la fin du règne de Louis XVI pour que la gestion de la forêt soit prise plus en considération qu’avant. A la fin du XVIII ème siècle, on commence à identifier les essences qui attirent le gibier et celles qui résistent le mieux à sa dent.

 
La chasse au grand gibier à partir du XIX ème siècle
 
 "Scène de chasse" ECOLE du 19ème siècle
 
1. Le droit de chasse en France est ouvert à tous :
A partir du XIX ème siècle, le grand gibier a été davantage tiré que couru. Le modèle mondain le plus séduisant resté cependant celui de la chasse à courre.
Au XIX ème siècle, le contexte est en rupture avec celui des dix siècles précédents qui avait peu évolué. Le droit se chasser a été réclamé et défendu au nom de la suppression des privilèges et de liberté des propriétaires. Aujourd’hui, fonder le maintien ce droit sur cette justification idéologique et historique ne suffit pas à beaucoup. La justification la plus intéressante est d’ordre scientifique, avec la collaboration des chasseurs  à l’observation du milieu naturel et des populations animales. Reconnaître ce fait c’est reconnaître le savoir des chasseurs.

2. Evolution de la politique cynégétique :
Les choses changent radicalement, en raison de la banalisation du fusil et de la démocratisation de la chasse au nom de l’égalité des citoyens et de l’égalité entre les propriétés. Dès lors, les pouvoirs publics doivent clarifier la situation au sortir de la période d’anarchie comprise entre 1789 et 1801. Toutefois les textes de l’Ancien Régime n’ont jamais été abrogés contrairement aux idées reçues.
Premier stade : le permis de port d’armes, créé en 1810. En 1812, il doit être présenté à toute réquisition d’un agent de la force publique. L’objectif est de contrôler le nombre des fusils à cause des craintes pour la sécurité publique. L’idée avait été lancée déjà sous l’Ancien Régime, mais n’avait pas été appliquée parce que les habitants des provinces frontière avaient le droit d’être armés, à charge pour eux de participer à la défense du pays en cas d’invasion.
Second stade : le Permis de Chasser créé par le texte du 3 Mai 1844. C’est seulement le fait de déclarer que l’on va faire usage de son arme pour la chasse dans l’année.  La déclaration est faite à la préfecture contre le paiement d’un droit de quittance. Même le propriétaire d’une chasse à laquelle le droit de chasse est attaché est en infraction s’il chasse chez lui sans permis. Le nombre de chasseurs est alors réglé par le coût du permis. En 1845, c’est l’équivalent de quinze jours du salaire d’un ouvrier agricole. De ce fait, il y a moins de chasseurs avec permis en règle que de chasseurs ayant- droit sous l’Ancien Régime qui était de 50 000 à 75 000 plus les innombrables dérogations aux privilèges. De 1846 à 1850, le nombre de permis de chasser passe de 100 000 à 75 000.
Le coût élevé du permis de chasser suscite des vagues de protestations véhémentes, au nom de la liberté individuelle et de la démocratie. À partir du règne de Napoléon III et de la création du suffrage universel, les élections se gagnent avec la promesse de baisser le prix du permis. À partir de 1850, il ne va pas cesser de baisser, si bien qu’il y a 400 000 permis de chasser en France en 1910. L’augmentation massive du nombre des permis s’observe dans l’entre-deux -guerres et au lendemain de la seconde guerre mondiale. Ceci s’explique par la fraternité des hommes à la guerre, par la banalisation de l’usage des armes, par la récupération de certaines armes de guerre, par la fin des privations et par la sensation de liberté retrouvée. Les chasseurs étaient 2,3 Millions en 1970.

A la fin du XX ème siècle, baisse inexorable du nombre des chasseurs.
L’effectif est tombé à 1,8 Millions en 1983. Ce mouvement est à mettre en parallèle avec la baisse du nombre des ruraux et surtout des agriculteurs. En 1946, la France était rurale à 47% ; en 1996, elle ne l’est plus qu’à 26%. Le nombre des agriculteurs a diminué de 30 % de la population active en 1955 à 4% en 2005. On est passé d’une société de culture rurale dominante à une société de culture citadine prépondérante. Il a fallu que la société soit progressivement coupée de contacts avec la nature pour que le lien fort entre liberté et exercice de la chasse ait commencé à se déliter même dans l’esprit de certains dirigeants.

3. L’encadrement de la chasse :
Il y a deux objectifs principaux :
A) Protéger les habitants contre les excès du gibier. Aux débuts, on chassait pour protéger les habitants des animaux et surtout des carnivores, notamment du loup qui est vecteur de la rage et qui est l’ennemi du pastoralisme de montagne. La chasse au loup est longue, aléatoire peu plaisante. L’Etat doit donc assumer la fonction. Les battues administratives ont eu un coût élevé, mais n’ont pas eu les résultats attendus. Si le loup a été éradiqué, c’est seulement dans la seconde moitié du XIX ème siècle, grâce au piégeage et aux appâts empoisonnés. De telles méthodes ont été étendues à d’autres animaux  : l’ours, la loutre, le lynx, le renard et aux rapaces charognards considérés comme prédateurs. Le système  a été rendu efficace par l’attribution de primes à ceux qui avaient réussi une prise. De véritables chasseurs de primes se sont spécialisés ; ils complétaient leurs ressources issues des primes avec la vente de la venaison et des peaux. Il s’y est ajouté une activité de tourisme cynégétique, ces chasseurs servant de guides aux citadins venant chasser.
B) Protéger les espèces des excès de la chasse. Le principe des mesures classiques de protection telles que la fixation des dates d’ouverture par Département et par espèce a été acquis très tôt au XIX ème siècle, mais pas forcément appliqué. L’idée de l’importation ou à l’élevage de gibier pour reconstituer les populations est venue tard, vers la fin du XIX ème siècle. Elle a été réservée aux volatiles mais pas au grand gibier. Dans l’entre-deux-guerres, la politique de repeuplement a été encouragée. De 1948 à 1978, les repeuplements ont fait l’objet de subventions. La pratique a duré jusqu’en 1984.

4. La fin du XX ème siècle : le plan de chasse
L’idée part de l’intention de plafonner le nombre d’animaux à prendre pour ne pas épuiser la ressource cynégétique et de fixer le nombre minimum d’animaux à abattre en vue d’éliminer les affaiblis ou les malades et de ménager les récoltes. Le plan de chasse apparaît en 1963. Il s’applique à tous les départements en 1979. L’idée de 1963 est un premier tournant : la notion de durabilité n’est pas prononcée, mais l’idée de développement durable est déjà là. La nature cesse d’être exploitée comme une mine inépuisable. Une préoccupation symétrique existe pour la forêt : c’est dans les mêmes années que le Plan Simple de Gestion apparaît.
L’interdiction totale de chasser est plus difficile à mettre en œuvre. On l’avait fait au XIX ème siècle pour certaines espèces de volatiles sédentaires  menacées, mais pas pour les migrateurs. La question sera reprise seulement après la première guerre mondiale.

5. La fin du XX ème siècle : la réintroduction des carnivores
Dans le dernier tiers du XX ème siècle, c’est-à-dire à notre génération, on réintroduit les carnivores disparus par l’importation et par l’élevage. La loutre en 1974. Le loup, qui n’est plus chassé, se réintroduit spontanément depuis 1979 à partir des refuges de Pologne, de Russie et des Apennins. La reconstitution aura trop bien réussi.
Face aux écologistes, aura-t-on le courage de rétablir le droit de chasse pour ces espèces, y compris dans les réserves de chasse et les réserves de faune ? Fera-t-on plaisir aux écologistes qui sont essentiellement des citadins ou  continuera-t-on à subventionner le pastoralisme de montagne? Il serait peut-être bon d’accepter que les éleveurs de montagne contribuent à la régulation au lieu d’attendre un désastre survenu sur un troupeau pour intervenir. La question se pose depuis une trentaine d’années et il faudra aborder le problème en face.
Une question comparable est relative à l’abondance des ongulés qui pose de sérieux problèmes aux agriculteurs, aux sylviculteurs, qui ne sont pas indemnisés, et aux assureurs, à cause des accidents de voiture.
 
6. Les écologistes et leur contre-culture citadine :
La nuisance ne vient pas des chasseurs, contrairement à ce que proclament les écologistes, mais de la surabondance des animaux en conséquence d’une politique de protection menée en sens unique. Maintenant que la reconstitution des populations de gibier a été acquise, il est temps de remettre le chasseur à l’honneur en la matière. Une anecdote significative :Quand une chaîne de radio a voulu consacrer récemment une semaine à la chasse, elle a reçu un tollé des auditeurs, avec des courriels extrêmement violents contre les intervenants prévus pour l’émission et aussi contre les journalistes. La chasse est un sujet éminemment politique autant que polémique, comme l’est la corrida. Le chasseur est l’allié de la protection des équilibres naturels et du maintien des écosystèmes. Ce point doit être rappelé systématiquement car il est facilement oublié dans notre société à dominante citadine.


16 avril 2011, par Andrée Corvol
Source : www.sologne-avenir.com

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